Nouvelles
La nouvelle est un récit plus court qu’un roman court qui ne se concentre que sur un seul événement et ne dévoile qu’une courte période de la vie des personnages. Dans un texte aussi dense, chaque phrase, chaque verbe, chaque adjectif doivent être pesés. La nouvelle ne laisse pas de place aux éléments inutiles. Elle exige un sens aigu de la pertinence, ainsi qu’une construction rigoureuse.
L’embryon
Le mot est lâché, embryon, je suis un embryon. Jusqu’à présent, si ma mémoire est bonne, j’étais divisé avec moi-même. Un rencontre fortuite a provoqué mon existence. Cette rencontre était inespérée, croyez moi ! Je n’aurai pas payé un kopeck sur la possibilité de cette éventualité. Si on remonte le temps, je n’avais aucune chance un jour de voir le jour même de nuit. Et pourtant, il ne peut en être autrement. Je devais naitre exactement quand j’allais naitre. Sinon il aurait fallu que...
Lire plusAccusée, levez-vous !
« Accusée, levez-vous ! » L’accusée était paralysée. Elle ne se leva pas. Depuis ce terrible drame familial, elle était dans un fauteuil roulant. Tous les regards convergèrent vers elle dans un silence pesant où chacun retenait son souffle… Mais, le protocole, c’est le protocole… Le président du Tribunal réitéra son injonction, sur un ton marqué par l’impatience et n’admettant pas de contestation : -Eh bien, l’accusée, n’avez-vous pas entendu ? Levez-vous, voyons, pour entendre votre jugement ! L’accusée...
Lire plusà Gérald
Je suis sortie de l’hôpital un lundi matin. Je m’étais arrangée pour que la transition entre l’hôpital psychiatrique et le milieu commun soit la plus douce possible. Mes calculs servent les tentatives au retour à l’ordinaire inaccessible du piteux sensible mortel que je fuis. Revenir, toujours revenir de peur d’y rester. Je n’en reviens pas de me maintenir à la surface du cloaque, les narines à fleur d’eau, je respire encore. Le petit déjeuner avalé, les papiers de sortie signés, je saluais mes...
Lire plusLa montre cassée
Clotaire est dans son monde. C’est ainsi que sa famille parle de lui quand il n’est pas là. Ils ont tous énormément de mal à avouer qu’il est malade. Il est atteint d’Alzheimer depuis peu, enfin plutôt, diagnostiqué depuis peu. Cela fait déjà pas mal de temps qu’il a des absences, des propos étranges et une mémoire pleine de courants d’air. Clotaire est un grand-père comme il n’en existe plus. Rondouillard, les joues pleines avec des cheveux blancs clairsemés en forme de couronne. Sa moustache est toujours bien...
Lire plusLe triomphe du jeune Boniface
Le triomphe du jeune Boniface Dire qu’il était fier, n’était rien à côté de cet air conquérant qu’il arborait en entrant dans le village. Il rayonnait et sa jeunesse l’auréolait d’une aura invincible. Il se sentait indestructible, touché par la grâce divine et à la limite du statut d’immortel. Les villageois sortaient sur le pas de leur porte et le regardait avancer. Il était beau à voir. Il suscitait l’envie, le désir d’être si jeune et en pleine possession de ses moyens. Les hommes se sentaient vieux et ternes,...
Lire plusCette nuit là
Cette nuit là Cette nuit-là, personne ne la raconta mais chacun la garda en mémoire comme une trace indélébile. Un tatouage de nos âmes. Inutile de l’évoquer, d’un regard, nous savions quand l’un de nous se la remémorait. Il suffisait de certains sons, assez quotidiens, pour que l’ombre nous submergea. Même aujourd’hui, plus de soixante-dix ans après les faits, elle me hante. A cette époque, je n’étais qu’un petit garçon de six ans. Je crois que cette nuit est mon premier vrai souvenir. J’étais dans ma chambre,...
Lire plusLes petits bonheurs
Les petits bonheurs Victor est devant son miroir et sourit malgré la douleur. La tension des zygomatiques tire sur la coupure qui fend sa lèvre inférieure et provoque une piquante brûlure. Mais Victor ne peut s’empêcher de sourire. La moitié de sa bouche est démesurément enflée comme celle d’une vieille belle qui aurait abusé du collagène pour compenser le tarissement de sa pulpe. Le pulpeux d’une lèvre, Victor peut le constater, est grenu, jaunâtre et sanguinolent. La sensualité sublime des baisers de cinéma ne tient...
Lire plusLE FAUTEUIL
Le fauteuil Je sais qu’on me prendra pour un fou, néanmoins je tiens à écrire cette histoire qui m’est arrivé pour, en quelque sorte, l’exorciser. Personne ne m’a cru jusqu’à présent et probablement personne ne me croira. Pourtant, je jure que c’est la stricte vérité et si je parviens à en convaincre un parmi vous, je serais le plus heureux des hommes. Cela s’est produit le 17 novembre 2008 au fin fond d’une région qu’on appelle le Morvan. La nuit était tombée et il pleuvait des cordes qui venaient violemment...
Lire plusle diabolique détail
C’était mon amie, ma seule amie. J’avais été une enfant solitaire, une collégienne mise à l’écart, trop intello puis une étudiante studieuse. Je ne sortais pas dans les soirées, je ne m’attardais pas dans les cafés enfumés. Ma bourse suffisait tout juste à payer mes tickets de RU, mon loyer et un aller-retour par mois pour la maison de mes parents. Je passais le plus clair de mon temps à la bibliothèque. Là j’entendais les bavardages futiles des autres. Je les enviais parfois tout en essayant de les...
Lire plusCauchemar
J’ai toujours eu un sommeil de plomb. En randonnée, je me souviens m’être endormie sur le sol nu d’un garage, la tête sur une gourde, bercée par une chasse d’eau automatique. A six heures tout le monde était debout, l’humeur dans les chaussettes, les cernes sous les yeux. Moi j’étais bien, si mes camarades ne m’avaient pas secouée pour se précipiter vers un café serré, je n’aurais pas bougé avant dix ou onze heures. Pourtant, depuis quelques temps, je me réveille en sueur au milieu de la nuit. Ensuite, impossible...
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Anne Le Goff Chanteuse
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