L’Abreuvoir de Ploubinic

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28 / 11 / 2025
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L’abreuvoir de Ploubinic

L’ « Abreuvoir » est un petit bistrot de Ploubinic dont les tenanciers, en âge d’être en retraite depuis longtemps, accueillent volontiers l’étranger de passage.

Je m’y suis rendue un jour de vacances où la météo bretonne et un mauvais rhume me forçaient à chercher un abri.

Lorsqu’elle comprit que je tombais malade, la patronne m’ apporta, au lieu du petit café commandé, une tisane de sa fabrication personnelle dans laquelle elle versa une bonne rasade d’un rhum bon marché qu’elle était allée chercher dans sa cuisine, rien que pour moi, me confia-t-elle.

Par conséquent, je me retrouvai le nez penché au-dessus d »un breuvage à l’odeur inqualifiable, moi qui n’aimais ni la tisane ni le rhum. « Elle veut un peu de citron et du miel avec ? Le miel, c’est mon cousin qui le fait. »

Et le tenancier d’ajouter sur un ton goguenard :

« Enfin, c’est plutôt ses abeilles ! « 

Sans attendre, la patronne ajouta dans ma tasse une giclée de citron et une cuillère ruisselant de miel et s’en retourna à son comptoir.

« Tiens, c’est le Dédé. Je te mets un petit ballon? » . Dédé le vida d’un trait puis tourna les talons.

En réalité, je ne savais que penser de ce petit bistrot. En même temps, des gens généreux, soucieux du bien-être de leurs clients, d’un autre côté très directifs, peut-être trop… Je gardais le nez dans ma tasse en tentant d’avaler la tisane sans me brûler la langue. Gorgée par gorgée, je réussis à l’ingurgiter en entier, n’en laissant pas une goutte pour ne pas offenser tant de bienveillance.

Les effets furent quasi immédiats.

Tout d’abord, mon crâne puis mon visage se couvrirent d’une sueur abondante qui dégoulina jusque dans le bas de mon dos. Je retirai mon pull et m’éventai de la main pour calmer le feu qui s’allumait dans mon corps. Je me sentis à ce moment-là rougir comme une écrevisse.

Je me surpris ensuite à penser :  » Pourquoi devrais-je juger de la bonté ou de l’autorité de ces gens ? Qui suis-je pour faire cela ? Pourquoi ne pas accepter cette gentillesse sans me tordre le cerveau ? Prendre les choses comme elles viennent, comme elles sont, tout simplement… » Ce n’était pas ma façon habituelle de penser, pourtant l’idée m’envahissait complètement.

Enfin, je posais sur la table ma tête encore brûlante entre mes bras croisés et je fermai les yeux, sombrant dans une profonde léthargie.

Lorsque je repris conscience, j’étais en train d’essuyer des verres derrière un comptoir. Mon mari rangeait des bouteilles vides dans des caisses de plastique. Le temps était à la pluie. Une femme entra et commanda un petit café. Elle s’assit et sortit un mouchoir de sa poche. C’est vrai qu’elle semblait fort enrhumée…

Isa L

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