Crève-cœur

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02 / 07 / 2025
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Crève-cœur

Marie Batllo

Mon regard flottait.

Le port s’apaisait, les bateaux dansaient un va et vient chaloupé.

Un frôlement odorant saisit mes sens, je n’eu qu’à pencher la tête pour apercevoir une silhouette souple, langoureuse.

Moi, je suis de celles qui suivent leur cœur”souffla-t-elle dans un accent d’un bout de langue au goût de sucre raffiné.

je pus apercevoir un genou doré, saillant , l’ouverture de sa jupe laissait entrevoir des cuisses en creux dont le muscle bombé me soumettait déjà au bagne du désir.

Je résistais, méprisant.

– Gnagnagna… Facile, avec un autobronzant teint cuivré et quand on porte des bracelets Cartier en or poinçonné.

Elle continuait à onduler près de moi, provocante.

Les effluves d’iode mêlés à son parfum interrogeaient mon goût pour la nature et pour la sophistication des eaux de parfumerie.

Ils m’enivraient et m’écœuraient.

Ils m’attiraient et me répugnaient.

La mer clapotait tantôt contre la coque d’un bateau tantôt contre une autre coque à la manière d’un pendule ensorcelant.

La mer se moquait de mon désarroi.

Elle souriait, de ses vaguelettes facétieuses.

J’aurais bien aimé savoir jusqu’où son coeur l’avait menée, vers qui, vers quoi…. vers moi et pourquoi pas ?

Oh oui, vers moi !

Pourquoi pas vers moi?

Elle se blottirait sans un mot contre moi, ses doigts plongeraient dans l’échancrure de ma chemise, ils caresseraient ma poitrine haletante, des baisers tièdes baigneraient ma nuque offerte…

Je laisserai ses caresses vagabonder dans l’entier consentement de mon manque de volonté.

J’étais transi d’une peur délicieuse.

Je repris ma rêverie, mais plus intranquille, dans une alerte de sens insensés.

Dans sa danse de hanches nos peaux s’étaient entrechoquées.

Ma peau en fusion rougit de confusion.

Je restais fermement impassible.

Mon regard s’était vidé de toute expression.

Mes yeux n’osaient plus se poser ailleurs que sur ce tableau maritime.

Le garde-corps était chaud, je m’y blottis comme un petit enfant dans le giron de sa mère.

Derrière le port, l’océan semblait attendre la levée de la brume.

La brume incrustait mon émoi et mon coeur s’accrochait aux ancres pour ne pas perdre pied.

D’un coup, je me redressai : digne comme quand j’étais sous le coup du regard inflexible du paternel.

Courage, sois courageux fils, sois un homme!”

Ces injections frappèrent encore le peu d’orgueil qui me restait.

Le leurre fut bref, mes genoux faiblirent imperceptiblement, seul mon corps en fut témoin.

Mais mon corps ne m’appartenait plus. ll était soumis, esclave d’un sort jeté à la volée du bout de doigts fuselés.

Je résistais à l’envie de sombrer dans la douceur des fonds marins.

Le cliquetis de ses bijoux ne faisait que m’avertir du danger.

J’allais me désagréger quand elle posa la main sur ma chemisette à carreaux, juste là, sur la rondeur de mon épaule.

Je brûlais.

J’avais perdu la fonction de respirer, je retins un hoquet ridicule.

J’avalais ma salive et j’amorçais un sourire idiot dans un mot essoufflé : 

Salut”

– Moi, je suis de celles qui suivent leur cœur…

– “ Alors, Charmante,votre cœur vous devance, n’est ce pas ? “ dis-je dans un sourire qui se voulait malin.

Je n’avais pu empêcher ce trait d’esprit, là était mon courage, quitte à perdre toutes chances de plaire à l’exquise.

Elle plongea son regard dans le mien, le mien éperdu, perdu.

J’étais ridicule, pathétique, misérable.

Mais qu’avais je imaginé avec ma chemise à carreaux et ma calvitie naissante?

L’effet n’avait pas marché.

J’étais penaud, abattu, humilié.

Dans un dernier tourbillon elle disparut au détour de la rue.

Pantois, je repris ma rêverie où je l’avais laissée, du moins j’essayais de reprendre ma dignité.

La mer était toujours là, fidèle.

La marée me susurrait des flots déferlants d’azur.

Cette fille était-elle, une apparition, une étoile filante, un aveuglement solaire…?

Quand tout à coup une ombre obscurcit le pavé du port.

Chancelante, elle me fixa dans les yeux et s »effondra à mes pieds.

Elle murmura:

« Moi, je suis de celles qui suivent leur coeur, je vous donne mon cœur”.

Les gestes qui sauvent sont parfois inutiles.

Son cœur lâcha dans mes mains.

Son dernier souffle fut pour moi, pour moi seul, rien que pour moi

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