Le chapeau de ma mère 

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16 / 07 / 2019
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Le chapeau de ma mère 

De ma mère, il ne reste que son chapeau.

Elle est partie en flammes de bois de roses épépinées.

Elle aurait ri des cieux si elle s’était outrepassée. Elle aurait balancé du vent d’éléphant  pour me faire rigoler.

Si j’avais pu la garder je l’aurai cachée sous mon oreiller et je lui aurai raconté des choses et des trucs, des machins dépoussiérés dans la nuit, en heures majorées.

Avec le temps elle aurait voulu boire un kir et peut être humer du saké de Poméranie.

Je lui aurais fait croire à l’envers du décor et et je l’aurais piqué d’un dard de curare endiablé. Elle se serait contentée d’écouter mes histoires de pépé en gaieté de trop et en chagrin de rien. Parfois je l’aurais laissé s’étouffer sous le poids plume dans un matin de grasse pour mieux la libérer en toute impunité.

Je pourrais encore dire “maman” sans offenser mon cœur d’enfant.

On dirait que: 

“maman est pas morte et que papa la cherche partout”

On dirait que:

“Papa cherche maman parce papa sait pas qu’il mort”

C’est moi qui commande à la fin !

Papa a toujours cherché maman, il l’attendait des heures durant, sifflant un air de jeunesse.

Un air qui saigne mes tourments quand la lueur cristalline s’étiole d’un voile embué.

Et quand papa aura retrouvé maman, il lui dira:

“Où sont les ciseaux “?

“Comme d’habitude dans la boite â couture”!

“J’ai déjà regardé…”

“Demande aux gamins”

“Où y sont les gamins”

“Avec les ciseaux, tiens”!

Le chapeau de ma mère est vide, il s’est vidé sans crier gare quand le soleil s’est atténué en ce début d’été.

Je ne l’ai pas retenue, l’échappée n’était que plus belle.

Maman aurait pillé les jardins odorants du Paradis pour parfumer mon oreiller…

15 juillet 2019 – Poésie – Marie Batllo

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