Même les nuages prenaient la forme de son visage…

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08 / 03 / 2019
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Tout allait de travers. Il s’était levé du mauvais pied. Et depuis, ce n’était qu’une avalanche de catastrophes. Il avait fait le café en oubliant de mettre le filtre. Résultat : une boue infâme. Puis il avait brûlé les deux tranches de pain qui lui restaient. Quand il avait voulu prendre sa douche, pas d’eau chaude ; le chauffe-eau était en panne. Douche froide. Il avait cherché sa serviette sans la trouver. Le linge propre attendait patiemment dans la machine qu’il l’étende. En claquant des dents et en clignant des yeux – mal rincés, ses cheveux dégoulinaient de shampoing – il avait retourné des piles de linge avant de trouver une autre serviette en bas de l’armoire. Peine perdue, le chat avait pissé dessus. Il avait hésité à se recoucher. Et c’est à ce moment qu’il s’était vu en passant devant le miroir. Une sale gueule de lendemain de fête. Les yeux qui hésitaient à affronter le jour. Les cheveux en bataille. Le teint gris d’une nuit trop arrosée. Il s’était assis, morose. Après coup, la soirée non plus n’avait pas été une partie de plaisir. Dès le début, il aurait dû se méfier. Arrivé tard, il avait découvert une foule d’inconnus. Il avait alors erré en cherchant une tête connue. Avant de renoncer à en trouver une, il en était à son huitième punch. Il était sorti prendre l’air et avait hésité successivement à prendre la cigarette qu’un fumeur mis dehors par son addiction lui avait proposée et à prendre sa voiture pour rentrer chez lui. Il avait d’abord refusé la cigarette par crainte de s’y remettre. L’idée de se retrouver en tête à tête avec lui-même l’avait découragé de rentrer. Et à partir de là, ça avait été de mal en pis. Il avait la tête qui tournait. Au lieu de s’asseoir dans sa voiture et d’attendre que ça passe, il était retourné à l’intérieur à cette fête qui en était de moins en moins une. Alors des têtes connues, il n’y avait plus que ça. En fait une seule, la sienne partout sur les épaules de tout le monde. Ensuite un grand trou noir jusqu’à son réveil. Et ces nuages qui se foutaient de sa gueule en lui prenant la sienne…

05 mars 2019 – Textes courts – Marianne

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