Pour toujours

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31 / 08 / 2016
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Pour toujours,

Je le savais, le subodorais, le redoutais et paf, mon extralucidité s’est réalisée!
Le présent jusqu’à ma propre mort s’éternisera sans mon père et sans ma mère !
J’ai souvent pensé qu’au grand jamais je ne leur survivrai.
Je suis là en vie et j’ai beau essayer d’arrêter de respirer, de m’allonger en posture de gisant affligé, mon pouls clapote incessamment sans mon consentement.
Je suis là, dépitée de tant d’absence !
Comment suis je sensée le supporter ?
Un soupçon de pharmacopée et puis ?
Le temps…..?
Allez, hop le temps fera l’affaire, voyons voir, 3 mois, 6 mois, 1 an ?
Je réalise.
J’ai la vision de mon père étendu sur le dos, les mains jointes dans le noir total. Comment puis je avoir cette vision alors qu’il est dans l’obscurité ?
Est-ce que le noir total efface l’être qui est né un 30 mars 1927 ?
89 ans!
Bébé frétillant, un battement de cil à l’échelle des temps , hop vieillard agonisant.
Entre les deux mon cœur à deux battants s’emballe assistant impuissant à l’enfouissement du pater.
Le trou béant à ciel ouvert, se couvre, gronde et déboule jusqu’à la disparition totale de la dépouille et de son emballage garanti chêne massif, intérieur capitonné première classe non fumeur, fermé, vissé et tamponné d’un sceau de cire rouge sang.
Mon père se décompose.
Est il encore seulement reconnaissable ?
Ses mains de travailleur si fortes sont elles toujours enchevêtrées ou se sont elles détachées de ses poignets décharnés ?
Son Jean Levis préféré portait pour l’exceptionnelle circonstance, sent il encore l’adoucissant “Soupline grand frais” ?
Ses chaussons si chauds certifiés grand confort sauf en cas d’escarres sous cutanés sont ils toujours à ses pieds?
Mon père est en terre. Ma mère en poussière dans une urne  posée à la tête du cercueil de son époux.
Quel étrange couple, cendres et putréfaction.
Le chagrin hoquette ma gorge, les sanglots s’étouffent dans mes mains portées a mon visage, papa, maman, les spasmes secouent mon corps meurtri.
Quelle ficelle faut il tirer pour apaiser ma peine, je n’ai pas été fournie en ficelle de cette qualité.
J’ai beau farfouiller, déblayer, trier, je suis bredouille de toute aide prédestinée à continuer à vivre.
Mon corps s’effondre, se recroqueville.
Je suis perdue, j’ai peur.
Je n’ai pas fini de grandir, mon chantier est mal consolidé. J’ai des fuites, je craquelle de toutes parts.
Où est passé ton vélo bleu à rétropédalage, papa, ta machine à coudre maman ?
Où est passé le canapé où j’aimais me lover entre vous discrètement, l’air de rien.
Où êtes vous ?
Vos corps fatigués, voûtés que je savais en sursis de vitalité ont fondu sous les années implacables.  Les maladies renouvelées ont eu raison de votre enveloppe non oblitérée d’éternité.
Où s’est évaporée l’odeur de la maison parentale si rassurante ?
Je ferme les yeux, je me concentre et j’ hume de tous mes pores non obstrués, de mes narines à mon cerveau.
Mère, père avez vous seulement existés?
30 août 2016 – Textes courts – Marie Batllo

2 Commentaires

  • Pezennec Denise

    Décidément, vous écrivez formidablement bien mais je ne vais plus vous lire en pleine nuit: vous me fichez le bourdon et remuez mes propres souvenirs.

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    • Marie Batllo

      Oui, je comprends, il est vrai que j’ai passé un moment fort difficile mais Bruno a publié sur le site d’autres qui sont plus drôles.
      Le dernier “chut” est plus léger.

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