je suis une île

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13 / 06 / 2016
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Orteil d’Or 2016 Béatrice Magnoni

je suis une île

Il n’y a rien de rationnel là dedans, même pas un pacte avec le Diable. Non rien qui puisse éclairer la métamorphose qui s’est produite.

Je ne suis plus moi. Quelque chose m’a quittée et autre chose m’a pénétrée. Une force que je contrôle pourtant ; rien d’incisif qui m’obligerait à être le pantin d’une autre volonté.

C’est apparu tout en douceur et aujourd’hui que les choses sont stabilisées, je peux narrer ma transition vers ce que je nomme mon île.

C’est en me révélant écrivain que j’ai compris.

La facilité avec laquelle j’écrivais me ravissait tout en m’effrayant un peu. La dextérité avec laquelle je décrivais ne m’était pas naturelle. Je ne comprenais pas d’où me venait une telle inspiration. Progressivement l’invention, la maîtrise de la composition m’ont apprivoisées. Le roman s’immisçait en moi…j’étais le roman.

Les lecteurs se remplissaient de chaque livre nouveau et dédiaient à ma magie vivante le succès du roman. Ma célébrité fut immédiate et grandissante.

Je quittais mon ancien métier sans déplaisir pour me consacrer à l’art d’écrire . Je décidais alors de me retirer du monde dans lequel je vivais jusqu’alors.

Je quittais aussi mes amis. Cela m’a coûté bien sûr. Cela m’a déchirée mais comment passer de l’ombre à la lumière? Comment leur expliquer cette métamorphose? Je savais déjà qu’il n’y avait plus de liens entre eux et moi. Nous étions comme désaccordés. Ruban de temporalité parallèle se déroulant sans rapport l’un avec l’autre. Ils appartenaient à un monde qui n’était désormais plus le mien.

Je décidais d’organiser ma vie autour d’un complexe verdoyant composé de forêts, de jardin et de plans d’eau. J’eus recours aux architectes les plus audacieux, aux paysagistes les plus fous.

Une bâtisse tout de verre fut posée en haut de la colline surplombant les jardins et l’eau. C’est là que je me cache, que je me ressource, que j’exploite mon don. J’ai bâti mon éden, mon île, je suis une île.

Laisser libre cours vers le A quoi j’aspire. Là où la verte liberté laisse aller les ruisseaux d’un mystère à satiété.

Des artistes me demandent parfois de pouvoir profiter de ce site magnifique pour travailler leur art en toute sérénité. J’accepte volontiers, leur présence m’honore .

Leur créativité est exacerbée, magnifiée dans ces lieux. Je décuple mes dons mais aussi ceux des autres. Mieux encore, j’arrive à plonger dans leur propre créativité et m’inspire de leurs savoirs pour me forger de nouveaux dons.

Je me souviens de tous ces moments d’exaltations lorsque je réussissais à accomplir l’inaccessible d’antan. Tel un enfant qui marche la première fois, je retrouvais ces souvenirs engloutis des premier succès.

Ma vie est contemplation. Me laisser absorber par le paysage, devenir invisible. Comment narrer ces moments euphoriques? Toucher l’écorce des arbres. Passer des heures sous le ciel en morceaux, lacéré de branches et verdi par les feuilles. Pénétrer dans l’eau, se laisser pénétrer par elle. Flotter, couler puis revivre. Me consolider. Je suis une île.

Se fondre dans le fil des jours . Se gaver de temps libre et d’horizon. Saisir ce qui doit l’être et qui seul compte. Irradiée d’un calme apaisé.

Le lieu qui m’exalte le plus est ma bibliothèque. Je n’ai pas une bibliothèque dans ma maison, ma maison est une bibliothèque. Dédales de livres et d’étagères…

C’est là que je crée mes œuvres mais aussi c’est là que je me fonds avec le monde. Je n’ai plus envie de voyager alors que je courrais le monde avant tout cela. J’avais une envie folle de tout découvrir, tout explorer. La démesure de ce que je vis est au delà de tout ce que la terre peut m’apporter.

Tout est sur mon île.

Là, luxe et beauté, cher Baudelaire, certainement charmé tu serais. Et dans ce calme et volupté qu’est ma demeure, y rester tu voudrais.

Nous irions sur le lac irisé trouver ce bonheur. L’abandon de nos corps nous entraînerait vers le fond jusqu’à ce que la vie nous rappelle à sa surface. Là tu pourrais vivre à loisir ce rêve étrange et pénétrant. Aimer et mourir. Aimer et souffrir.

Souffrir devint progressivement ma vie.

Ma vie était un embarcadère pour mon île qui se dérobait pour un redoutable lit ou je m’embourbais. Je me mis alors à peindre. La couleur était mon totem, mon protocole était le mouvement. Le contact avec la matière créait un paysage cauchemardesque où s’étirait l’écume de la vie. Cela n’était pas mon exutoire, cela n’était pas mon île.

Cette souffrance inexpliquée surgissait ça et là et jaillissait de mes tableaux.

Progressivement je me sentais rapetisser. Le bonheur incommensurable que j’avais connu se dissolvait dans mes arts. Était-ce l’habitude de la perfection qui me jouait des tours? Les fastes du bonheur sont éphémères. Je me remémorais alors mon ancienne vie.

L’idée même de quitter mon île me semblait absurde. Impossible, inimaginable. Cela faisait tant d’années que je n’était pas sortie.
L’ailleurs était ennemi
.

Mon île m’avait absorbée, mon île m’avait engloutie. J’avais le succès mais personne autour de moi à aimer Je n’étais rien ni personne.

Je ne peux pas aimer cher Baudelaire, alors il me reste à mourir.

Douceur d’ un voyage sans retour. Je vais découvrir côté cœur quelque part qui est l’issue de mon fort intérieur. Je suis une île.

Il n’y a rien de rationnel là dedans, même pas un pacte avec le Diable. Non rien qui puisse éclairer la métamorphose qui s’est produite.

Je ne suis plus moi. Quelque chose m’a quittée et autre chose m’a pénétrée. Une force que je contrôle pourtant ; rien d’incisif qui m’obligerait à être le pantin d’une autre volonté.

C’est apparu tout en douceur et aujourd’hui que les choses sont stabilisées, je peux narrer ma transition vers ce que je nomme mon île.

C’est en me révélant écrivain que j’ai compris.

La facilité avec laquelle j’écrivais me ravissait tout en m’effrayant un peu. La dextérité avec laquelle je décrivais ne m’était pas naturelle. Je ne comprenais pas d’où me venait une telle inspiration. Progressivement l’invention, la maîtrise de la composition m’ont apprivoisées. Le roman s’immisçait en moi…j’étais le roman.

Les lecteurs se remplissaient de chaque livre nouveau et dédiaient à ma magie vivante le succès du roman. Ma célébrité fut immédiate et grandissante.

Je quittais mon ancien métier sans déplaisir pour me consacrer à l’art d’écrire . Je décidais alors de me retirer du monde dans lequel je vivais jusqu’alors.

Je quittais aussi mes amis. Cela m’a coûté bien sûr. Cela m’a déchirée mais comment passer de l’ombre à la lumière? Comment leur expliquer cette métamorphose? Je savais déjà qu’il n’y avait plus de liens entre eux et moi. Nous étions comme désaccordés. Ruban de temporalité parallèle se déroulant sans rapport l’un avec l’autre. Ils appartenaient à un monde qui n’était désormais plus le mien.

Je décidais d’organiser ma vie autour d’un complexe verdoyant composé de forêts, de jardin et de plans d’eau. J’eus recours aux architectes les plus audacieux, aux paysagistes les plus fous.

Une bâtisse tout de verre fut posée en haut de la colline surplombant les jardins et l’eau. C’est là que je me cache, que je me ressource, que j’exploite mon don. J’ai bâti mon éden, mon île, je suis une île.

Laisser libre cours vers le A quoi j’aspire. Là où la verte liberté laisse aller les ruisseaux d’un mystère à satiété.

Des artistes me demandent parfois de pouvoir profiter de ce site magnifique pour travailler leur art en toute sérénité. J’accepte volontiers, leur présence m’honore .

Leur créativité est exacerbée, magnifiée dans ces lieux. Je décuple mes dons mais aussi ceux des autres. Mieux encore, j’arrive à plonger dans leur propre créativité et m’inspire de leurs savoirs pour me forger de nouveaux dons.

Je me souviens de tous ces moments d’exaltations lorsque je réussissais à accomplir l’inaccessible d’antan. Tel un enfant qui marche la première fois, je retrouvais ces souvenirs engloutis des premier succès.

Ma vie est contemplation. Me laisser absorber par le paysage, devenir invisible. Comment narrer ces moments euphoriques? Toucher l’écorce des arbres. Passer des heures sous le ciel en morceaux, lacéré de branches et verdi par les feuilles. Pénétrer dans l’eau, se laisser pénétrer par elle. Flotter, couler puis revivre. Me consolider. Je suis une île.

Se fondre dans le fil des jours . Se gaver de temps libre et d’horizon. Saisir ce qui doit l’être et qui seul compte. Irradiée d’un calme apaisé.

Le lieu qui m’exalte le plus est ma bibliothèque. Je n’ai pas une bibliothèque dans ma maison, ma maison est une bibliothèque. Dédales de livres et d’étagères…

C’est là que je crée mes œuvres mais aussi c’est là que je me fonds avec le monde. Je n’ai plus envie de voyager alors que je courrais le monde avant tout cela. J’avais une envie folle de tout découvrir, tout explorer. La démesure de ce que je vis est au delà de tout ce que la terre peut m’apporter.

Tout est sur mon île.

Là, luxe et beauté, cher Baudelaire, certainement charmé tu serais. Et dans ce calme et volupté qu’est ma demeure, y rester tu voudrais.

Nous irions sur le lac irisé trouver ce bonheur. L’abandon de nos corps nous entraînerait vers le fond jusqu’à ce que la vie nous rappelle à sa surface. Là tu pourrais vivre à loisir ce rêve étrange et pénétrant. Aimer et mourir. Aimer et souffrir.

Souffrir devint progressivement ma vie.

Ma vie était un embarcadère pour mon île qui se dérobait pour un redoutable lit ou je m’embourbais. Je me mis alors à peindre. La couleur était mon totem, mon protocole était le mouvement. Le contact avec la matière créait un paysage cauchemardesque où s’étirait l’écume de la vie. Cela n’était pas mon exutoire, cela n’était pas mon île.

Cette souffrance inexpliquée surgissait ça et là et jaillissait de mes tableaux.

Progressivement je me sentais rapetisser. Le bonheur incommensurable que j’avais connu se dissolvait dans mes arts. Était-ce l’habitude de la perfection qui me jouait des tours? Les fastes du bonheur sont éphémères. Je me remémorais alors mon ancienne vie.

L’idée même de quitter mon île me semblait absurde. Impossible, inimaginable. Cela faisait tant d’années que je n’était pas sortie.
L’ailleurs était ennemi
.

Mon île m’avait absorbée, mon île m’avait engloutie. J’avais le succès mais personne autour de moi à aimer Je n’étais rien ni personne.

Je ne peux pas aimer cher Baudelaire, alors il me reste à mourir.

Douceur d’ un voyage sans retour. Je vais découvrir côté cœur quelque part qui est l’issue de mon fort intérieur. Je suis une île.

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