Une parabole

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Juin 13th, 2016
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Orteil d’Or 2016 Une parabole Isabelle Eyraud

Une parabole

À quoi tout le monde a pensé au moins une fois ? : à commettre un meurtre, à faire l’amour avec la plus belle femme ou le plus bel homme du monde, à devenir milliardaire ou gagner au loto.

Et bien effectivement, tout le monde y a pensé au moins une fois.

Et moi, je n’y pense plus ou plutôt sans sembler y penser, j’y pense encore. De sorte que cela serait même le fond de ma continuité, mes buts plus nuancés car tout ce que je fais et toutes mes idées sont tournés vers ces réalisations . Je tuerais en les laissant dans l’anonymat, ceux qui m’ont assassinée par la célèbre façon qu’on a de vouloir se rapprocher de moi, je ferais l’amour avec celui que je désire tant, je deviendrais millionnaire car si l’on peut gagner des millions, pourquoi gagner des milliards ? J’ai les atouts d’être ambitieuse et de savoir vraiment ce que je veux.

Comment ne pas y penser ?

A tout ce bonheur que je peux préparer dans mon chaudron, à cette myriade de couleurs qui animent la tapisserie de l’apocalypse du temps de Yolande D’Aragon. Cette joie ravivera non seulement les toiles que je vais peindre mais donnera aussi naissance à une fastueuse fête qui résonnera dans ma demeure.

Comment ne pas y penser ?

A cet homme qui m’attire et qui devra me prouver qu’il est le plus bel homme du monde, le plus bel homme du monde pour moi seulement. Car je serai la seule à le regarder et à le voir dans toute sa splendeur. Je l’amènerai dans un chemin où la beauté est reine et où il devra s’efforcer de me plaire toujours plus.

Tout le monde y a pensé au moins une fois : devenir riche par le fruit du hasard ! Est-ce vraiment le hasard qui m’a conduite à la richesse que je possède et à la pauvreté qui m’étouffe ? Mais je deviendrai millionnaire.

Et je tuerai mes assassins avec qui je ne partagerai rien dans ma rancœur que j’exploite. Je leur montrerai que toutes les grenouilles qui veulent se faire plus grosses que le bœuf ne sont que des grenouilles et que ce n’est pas en hérissant le poil comme un chat, que je tomberai sous leurs griffes.

Qu’ils aient été gros, gros de tromperie et d’agressivité, ne nous laisse pas douter sur le fait qu’ils avaient encore plus peur que moi. Leur tactique d’attaquer sans qu’aucun signe extérieur ne les ait autorisés les rend coupables et je couperai le lien qui les a faussement unis à moi mais n’envisage même pas d’éveiller leur conscience ni prendrai la peine de leur asséner une dégelée. S’ils veulent rester vivants, qu’ils s’arrêtent de gonfler sinon ils finiront par éclater.

Du statut de bœuf, je dois tirer la charrue, et je la tire, je suis bien obligée d’y penser.

Comment ne pas y penser ?

Peut-être en oubliant les grenouilles et pour alléger la charge, penser au vent qui va m’aider en me soufflant des mots magiques, penser à l’éléphant qui a une trompe en guise de bras, penser à mon esprit en guise de corps, penser à mon corps en guise d’esprit, penser à ce nouvel air que je respire, teinté du passé mais qui va vers l’avenir, qui du tohu-bohu, des sables mouvants auxquels on ne doit surtout pas penser faute de quoi on s’y laisserait engloutir, émerge.

Alors naît un monde où nous sommes des oiseaux.

L’air change l’ère et à tant vouloir que l’air soit celui de la chanson, la musique remplacera ce vacarme assourdissant et les petits poissons nageront aussi bien que les gros. Les petits, les gros, nagent comme il faut : tous ces émissaires nous montrent pourtant comment faire mais notre nature humaine songe à faire que le bœuf non seulement tire la charrue et y mettent la charrue aussi.

Et de cela, je pourrai gagner des millions, car les milliards sans être dans les coffres sont dans ce que l’on en pense. Voilà comment ne pas penser à la pauvreté, à l’assassinat, à notre chasteté, comment penser à leurs contraires assurément qu’il faut retenir dans nos pensées, pour y accéder dans les faits et dans ce que la pensée nous réserve de surprises.

« Cette nuit tu vas me décrocher la Lune et les étoiles avec », dis-je à l’enfant de mon enfant.

Ce à quoi personne n’ose penser est pourtant le rêve le plus profond de toute l’humanité, qui sous-jacent guide chacun de nos pas.

La Lune et les étoiles dans un ciel couvert de suie hypnotise et sous l’effet de l’hypnose se découvre

ce à quoi l’on pense vraiment dans une attraction souveraine qui laissera ce à quoi, on ne pense pas ou plutôt ce à quoi on ne désire plus penser.

Ce qui devient à notre portée, en y pensant plus d’une fois, laisse imaginer que la charrue soit les bœufs, que sans bœufs, la charrue ne peut avancer, et que d’un ciel sans lune et sans étoiles, il n’y resterait que la suie.

Comment ne pas y penser ?… Au moins une fois !

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