Crise de corps

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13 / 06 / 2016
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Orteil d’Or 2016 Crise de corps. Marie Batllo

Céline s’assoit dans la salle d’attente bondée d’une population bigarrée, hagard, balbutiante de bla bla bobos chuchotés .
Elle s’autorise un sourire enjôleur, rassurant, au reflet d’une porte vitrée certifiant sa présence en ce lieu.
Les regards se croisent, se décroisent, s’entrecroisent, se suspendent, tantôt au néon, tantôt au vide orbital du hublot de la porte.
Céline n’en mène pas large!
Allait elle le prendre ce large, l’infini fin de la finalité de la vie ?
Et au delà d’ici présent, l’au delà, loin d’ici, de l’autre côté de ce côté ci, de quel côté se situer et qui sous signe son sort ?
What ils the question ?
Satan or not  Satan ?
God or not God ?
Et s’il n’était rien de rien, le néant insondable du vide vertigineux?
Qui sait, mais qui sait bon sang de bonsoir, qui le sait?
C’est insupportable ce mystère à la fin.
Combien de temps ça va encore durer?
Comment ne pas y penser !
Céline bloblotait de toutes ses branches, blême !
De blouses blanches en bandages,  de bandages en brancards, un beau barbu de blanc vêtu l’embarqua à babord du bateau complètement barge, destination délibération !
Sa frêle carcasse frissonne, son front fiévreux fait feu !
Elle n’entend plus, ne voit plus, ne moufte plus.
Son cerveau pressent du bout des lobes, le fatal mot de foutu.
Comment ne pas y penser !
On l’enfourne dans un fût scanner tonitruant, fourre-tout, suspicieuse machine divinatoire de calamités corporelles en tout genre.
Céline nue étendue attend fébrile la véritable vérité, véridique.
Elle divague amarrée au bois de flottaison dérivant sur les flots lacrymaux.
Son œil regarde son pied puant dans la tombe. Elle lèche les racines des pissenlits, renifle la sève de sapin qui poisse son pif, se cire le teint, se fait une vraie gueule d’enterrement.
Le mot balbutié tombe de la bouche d’un briseur de boutades mal embouché, une bombe qui tsunamise les bouchons cérumen protecteurs des nouvelles cataclysmiques .
Ça fait des jours qu’elle ressasse l’impasse du sas,  quel tour de passe passe peut éviter le trépas.
Comment ne pas ressasser ?
Comment ne pas trépasser ?
Surtout depuis sa dernière prise de sang.
Céline sue, Eugène vampire patenté seringue le point de saignée, vaisseau sanguinolent et s’en met plein les fioles.
Alerte, sang suspect !
Entracte:
“-Zut, nul doute c’est la scoumoune, maladie arabisante qui n’a rien à voir avec l’histoire de Céline mais avec Laziza de Sousse.”-
Aparté humoristique.
Reprise.
Céline s’enlise et réalise, SOS, sauve qui peut, au secours, à moi, mama mia !
Alors qu’est-ce que cette sulfureuse saloperie ?
Comment ne pas penser au pire,  tout le monde y a pensé au moins une fois!
Horreur, malheur, stupeur !
C’est dit, diagnostiqué, annoncé !  Mononucléose, la bonne blague !
Maladie adolescente du baiser, la pelle, la galoche, quoi !
A 90 ans, merde, démasquée, la honte !
Surprise, prise le doigt dans la  prise.
Comment annoncer ça à ses six enfants, sexagénaires, sextuplés, célibataires ?
Pourtant Céline sourit, soupire, son coeur, s’affole, s’extrasystole!
Ce soir, au 6ème étage, porte 66, en douce elle retrouvera sa Solange sa douce scélérate, centenaire du septième ciel.

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