Petit voyage en Wolswagen militaire

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26 / 03 / 2015
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C’était au cours de l’été 44… Il ne fallait pas être grand clerc pour deviner que la soi-disant “grande” idée d’Adolf de soumettre le monde au national-socialisme avait du plomb dans l’aile, comme le disait mon grand-père . « Pour Adolf les carottes sont cuites après les défaites de Rommel en Afrique et de Stalingrad en Russie !» ajoutait-il. Chez mes grands-parents dans l’Indre à Gargilesse, la grande affaire était la Résistance à laquelle se prêtait ce pays de monts , forêts et chemins creux comme la Creuse et la haute Vienne. Dans notre village il y avait peu d’occupants et les FFI circulaient au grand jour. Ils promenaient leur barda dans une charrette attelée d’un vieux cheval. On y voyait quelques flingots avec lesquels ils avaient transpercé tous les poteaux Michelin pour “s’entraîner” ; quelques provisions de fruits et légumes prélevés chez l’habitant de gré ou de force! C’est ainsi que mon cousin Pierrot qui était résistant s’était retrouvé dans la cave d’un fermier, une fourche sur le ventre et prié de déguerpir.

Avec quelques garnements nous aimions bien jouer aux FFI.

Gargilesse avait cinq ponts, le Pont Noir sur la Creuse et quatre autres, le Blanc, le Gris, le Rouge et le Pont de la Céline qui enjambaient la Gargilesse, minuscule affluent de la Creuse mais rivière de première catégorie pour ses truites. La Céline était connue dans le pays pour avoir été piquée au pied par une vipère, animal très fréquent dans cet environnement de pierrailles et de genêts ; elle restait des journées entières assise sur un banc près de l’escalier de sa maison, la plus proche du fameux pont : elle y montrait à qui voulait sa jambe habituellement maigre enflée par-dessus sa chaussette. Le pont de la Céline était devenu un lieu de promenade et la vieille femme toute vêtue de noir retirait ses longs bas pour faire voir les dégâts et sans se faire prier racontait sa rencontre avec le serpent.

Bref, un jour où nous jouions à imiter les FFI nos décidâmes de mettre le Pont Noir sous notre emprise : et me voilà avec un copain occupé à arrêter les passants, à leur demander leurs papiers tout en agitant de petits drapeaux tricolores en papier dont je me demande encore où nous les avions trouvés, C’était très amusant même si certains, le boucher je me rappelle, nous conseillaient de ne pas rester là. Soudain ce qui était à prévoir arriva. Nous vîmes s’engager à l’entrée du pont une espèce de jeep kaki battant pavillon allemand , une grande croix gammée étalée sur le capot , avec trois hommes à bord. Nous restâmes pétrifiés. Il y eut un grand coup de frein, un soldat affublé d’une casquette de feldbwebel sauta hors du véhicule en poussant un grand coup de gueule auquel nous ne comprîmes rien, il nous attrapa sous chacun de ses bras et nous jeta à l’intérieur ; je me retrouvai derrière contre le troisième soldat et le chauffeur redémarra en trombe direction le village.

Ma grand-mère voyant entrer la voiture dans sa cour devint pâle et appela le grand-père – un ancien de 14/18 alors blessé au ventre. La balle allemande en souvenir trônait sur la cheminée sur un support en cuivre. Mes fesses furent aussitôt caressées par une baguette bien méritée ( Une fois de plus) et la voiture”boche” repartit comme si rien n’était arrivé, le feldwebel ayant bu juste avant un petit coup de noah car la journée était chaude . Il y avait peu d’allemands dans le canton, seule une petite compagnie qui gardait le barrage électrique d’Éguzon, de vieux territoriaux de la Werchmart, pas méchants pour un sou, des pères de famille allant volontiers boire le coup et prendre le frais dans une cave ou l’autre, peu enclins à en découdre avec les FFI du coin. J’excepte le sort réservé aux occupants de la ferme Gailledrat qui furent tous passés par les armes et jetés dans la mare, sur une dénonciation pour avoir hébergé des résistants. Quand on pense que nous étions à vol d’oiseau un proche voisin d’Oradour sur Glane!

Ma grand-mère me raconta souvent cette aventure de mon enfance, embellie naturellement, avec des détails sur le rôle de chacun et la rapporta bien sûr à mes parents ce qui l’aggrava et la stigmatisa encore plus. Les témoins en sont morts maintenant même mon copain et mon cousin FFI qui n’avait pas froid aux yeux surtout quand il avait visité une cave et bien bu, comme d’autres. Ma grand-mère donnait des surnoms à beaucoup, lui il était “siffle-bock”,et derrière son carreau elle comptait les fois où il montait au village boire sa chopine…. Quel bon temps!

16 mars 2015 – Fragments – Philippe M.

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