Le Tacot (première partie)

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11 / 03 / 2014
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Le Tacot (première partie)

Le tacot

LE TACOT

 Nous l’aimions, notre tacot ! Il faisait Auxerre-Joigny et vice-versa. A Fleury, milieu du parcours d’une trentaine de kilomètres il s’approvisionnait en eau ; de Fleury, véritable noeud ferroviaire, partait une ligne Fleury-Sarigny-Poilly-Aillant et rejoignait une ligne que Jean n’aimait pas : Joigny-Toucy. On en reparlera !

 Dans le tacot, il y avait un wagon de première classe dont les sièges étaient couverts d’un tissu bleu horizon, sans doute un surplus de la guerre 14-18. Quand le tacot passait, nous arrêtions nos travaux, par exemple au “pré carré” en bordure des peupliers, pour voir le “tacot- qui -passe”et en conclure qu’il était telle heure… pas toujours juste !

 

On prenait le tacot pour aller à Neuilly, voir l’oncle Maurice et la tante Thérèse ; de rares fois, on allait à Joigny, à la foire aux melons ; on allait à Ponceau, chez tante Mélie, manger l’omelette aux champignons et on revenait à pied, ce qui nous ouvrait l’appétit pour un deuxième dîner ; on allait à Auxerre : quelques montées difficiles avant Charbuy, des courbes majestueuses entre Saint-Georges et Perrigny et des descentes vertigineuses entre les vignes , de Perrigny à la gare de Migraine, la traversée de la route de Paris, la descente du clos de la Chaînette et l’arrêt définitif à Auxerre Saint-Gervais tout près de l’énorme gare Saint-Gervais construite par les édiles du 19ème siècle finissant regrettant de ne pas avoir accepté ce que sera Laroche-Migennes. Le tacot fut supprimé avant la guerre de 39 et rétabli durant l’Occupation.

 

Les jardinières venaient avec leurs “couloirs” ( c’est ainsi qu’on appelait les grands paniers d’osier sans anse ) qui, selon les saisons, étaient chargés de radis, choux, tomates, salades variées, épinards, poireaux… pour les vendre au marché couvert d’Auxerre. Parfois sous ces beaux légumes de Fleury, se cachaient des produits prohibés : viande, eau de vie … Un jour le train a déraillé au milieu des piaillements des jardinières, des bouteilles se sont cassées et l’odeur qui a envahi le wagon n’était pas celle d’un sirop de cassis mais de la bonne goutte ! Pour la petite histoire : le beau marché couvert d’Auxerre a été démoli en 1975. A son emplacement, nous garons les voitures ; c’est le “parking des Cordeliers”

 Marché couvert d'Auxerre

Parfois le train glissait au milieu des bois ; allez savoir pourquoi ? Dans la montée de Charbuy, les escargots aimaient beaucoup les rails et le tacot patinait ! Il fallait alors balayer les escargots ! Il arrivait aussi que la chaudière ait des fuites… Alors, à chaque trou d’eau, le train s’arrêtait, le chauffeur descendait avec son seau, alimentait la machine et repartait !

 

Notre petit train prenait son temps et les voyageurs prenaient du bon temps ! En septembre, sur la fin des grandes vacances, nos cousins parisiens rejoignaient la capitale après avoir passé quelques jours à Fleury et Ponceau où habitait leur grand-mère Pallice. De Fleury, nous les avons accompagnés jusqu’à Joigny par le tacot qui, au bon milieu des vignes, s’arrêta soudain. Panne ? Non ! Nous avons vu tout simplement le chauffeur et le mécanicien entrer dans une vigne et goûter le raisin ! Pouurquoi pas nous ? Comme une volée de grives, nous nous sommes attablés avec quelques autres voyageurs. Puis “tchuuuuut…”, lâcher de vapeur de la locomotive et tout le monde remonte dans le train au signal du conducteur ; 30km à l’heure et c’est l’arrivée à Joigny ; trop tard ! Le train de Paris était déjà parti ! Un jour de vacances en plus à la campagne, pour les Parisiens , c’est toujours bon à prendre !

 

Par le train, arrivaient les marchandises, en particulier, celles destinées à notre magasin : lourdes pièces de toile, vêtements de travail, chaussures etc… Avec maman, nous allions à la gare avec la brouette et le chef ( ou la chef ) nous livrait la marchandise ; nous étions ravis de ces petites promenades !

Il y avait aussi des moments dangereux : un jour, un wagon lourdement chargé, en stationnement à Fleury a perdu ses freins ; en direction de Neuilly, le parcours commence par une bonne pente ; le wagon a pris de la vitesse, Mme Drillon a enfourché son vélo, elle a voulu rattraper l’engin ; quelques personnes l’avaient vu passer à toute allure ; il s’est heureusement arrêté dans la dernière côte avant Neuilly ! Pas de déraillement ! L’aventure a donné lieu à des récits colorés et dans le village on vantait la bravoure de la chef de gare !

 Le tacot 2…Suite au prochain numéro…

Février 2014 – Fragments -Marité G. 

 

 

 

 

 

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