Prise de pouvoir

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30 / 01 / 2013
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Depuis quelque temps des affichettes inhabituelles et pour le moins originales fleurissent sur les murs de “Mémoires de Bourgogne”:

*Parlez-nous des pommes de terre “à la bouchère !

*A quand les pommes de la boulangère ?

*Mangez des nouilles plutôt que de la ratatouille !

*Réchauffez le potage à 90° !

*Le gaspacho, c’est bon au 14 juillet !

*On veut la recette du gâteau de carottes !

*Goûtez le velouté de rutabaga au miel !

*C’est quoi une “écrasée” de pommes de terre ?

*Comment cuire les cuisses des vieilles poules ?

*Riz créole = riz pilaf = riz à l’eau = riz au lait = riz

Mangez du riz aujourd’hui, demain des pruneaux !

De jour en jour, la situation se complique, s’aggrave même. En l’absence des directeurs, deux résidents occupent les bureaux ; à l’accueil, les secrétaires n’ont plus droit à la parole ; elles ont obligation d’enregistrer les revendications des résidents heure par heure ; les infirmières, affolées, soignent les crises cardiaques, évitent les bagarres, parent au plus pressé, leur portable scotché aux oreilles.

Surgissant du Morvan, de Chablis, de Vézelay, de Puisaye, des quatre coins de l’horizon, les résidents se regroupent sous les banderoles colorées et enrubanées en scandant : “tous aux cuisines , René aux fourneaux !” René est en tête du cortège, royal, triomphant, assis sur son trône à quatre roues. Le personnel de service suit le mouvement, emboîte le pas, scande à son tour : “les résidents au pouvoir !” Ils l’obtiennent le pouvoir, ou plutôt ils le prennent ; ils entrent en trombe dans la cuisine , ils se partagent les rôles tandis que Sophie et Christophe s’échappent du “bocal” par une issue de secours.

Puis… un silence inquiétant règne dans l’établissement ; tout le monde retient son souffle ; une voix se fait entendre, discrète, comme étouffée par la chaleur qui règne autour des fourneaux : “on a faim !” De la passerelle, un résident s’exprime haut et fort :” C’est l’heure de la soupe !” Mais de soupe, point ! Alors le chef René fait bouillir une bonne quantité d’eau dans les marmites, y jette une dose impressionnante de bouillons kub ; ” elle arrive ta soupe , râleur ! Je prends la température, ouille, ça bout, ça déborde !” et la thermo-sonde éclatée tombe au fond de la gamelle ; le bouillon se répand sur le sol qui devient une patinoire ; adieu la soupe !

“Ce soir, ce sera jambon, écrasée de coquillettes, vache qui rit, fruit de saison. Pour le petit déjeuner de demain, je vous cuis des croissants pur beurre ; parole de René !”

Soudain, une odeur de pâte brûlée se répand dans l’établissement ; une épaisse fumée noire envahit la cuisine, l’alerte se déclanche. Sauve qui peut !

Je me réveille en sursaut ; fin d’un rêve qui a failli virer au cauchemar !

20 janvier 2013 – Nouvelles – Marie-Thérèse G.

 

 

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