Dans le mur…

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26 / 09 / 2012
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Dans le mur…

 Lorsque j’étais muret, j’aimais bien ma modeste taille, je trouvais joli d’être enjambé par des jupes colorées.

J’écoutais ma mère murmurer sa vie passée entre nous 4, mon père, mon frère, elle et moi : « Un mur s’élève, on joue contre lui, puis docile il se dresse et le mur mitoyen d’incompréhension en fait un mur de façade …» Je l’entendais quand même, car nous avons des oreilles !

 Une fois plus mur, adolescent, je me suis dressé, certains ont buté, d’autres ont été collés à moi, beaucoup m’ont rasés. Je ne voulais pas que l’on s’adossât, me parlât ou se lamentât, ni qu’on se cachât derrière moi : j’étais en âge d’être peint, percé et sauté !

 Mon père alors me sermonnait : « Qu’il soit petit ou immensément grand, solide ou friable, qu’il soit poreux ou étanche, rugueux ou doux sous les doigts, un mur fait ce qu’il doit. Un mur n’a pas le choix. Il ne peut pas dire : « non, non pas cette fois, aujourd’hui, je ne sépare pas ! » Il ne le peut pas, c’est comme ça. ». Et je compris qu’un mur reste droit comme avant lui ses parents, qu’il résiste aux égratignures mais qu’un véritable choc est possible et qu’il perd presque toujours contre la machine !

 Devenu muraille, imposant, édifiant, on s’est appuyé et même écrasé, contre moi. Les gens étaient mis à mes pieds. Enfin dos à moi, plus d’hésitation à avoir ! Il leur fallait s’engager et choisir l’une ou l’autre voie. Alors ils ont voulu m’abattre, me casser, je leur faisais trop d’ombre. Je pensais à mes pairs, ceux qui peuvent protéger, entourer, et garder ensemble des familles entières, toute une communauté ! Je les enviais.

 Et lorsqu’une fois franchi le moi du son, ils m’ont érigé en forteresse entre le monde et eux, je me suis moi-même mis dans le silence, lessivé, lézardé de chagrin, décrépi d’indifférence. Je me serais tapé la tête contre le moi. Je me sentais si proche de ceux qui exercent le pire des métiers et font les prisonniers. Il y avait bien mon frère qui racontait à qui voulait l’entendre, comment le mur se fait et que là est la liberté ! Que souvent il en est d’accord et ajoutait : « Qu’est ce que tu crois ? Le mur n’est pas de bois ! »

 Mais une fois écroulé au sol, je n’aurai plus qu’à être virtuel. Il sera enfin permis d’écrire sur moi. Il y aura peut-être des propos édifiants, dérisoires, dégoûtants comme ceux du mur qui, s’il pouvait parler, vous raconterait l’histoire du mec qui contre les vents, construit un parapet ! Je n’aurais peut-être jamais été aussi vivant, et vous cliquerez sur « j’aime » de temps en temps.

 Parfois les murs s’éboulent, c’est vrai ! Même les murs sont faillibles. On dit que l’on se heurte à un mur mais le mur est sensible ! Dans tous les cas si ça arrive, ça n’est pas de son fait. Il ne le veut pas, c’est trop moche de finir comme ça ! Minable, avec rien d’autre que le toit… Il aime vieillir, offrir ses pierres patinées aux habitants, être un havre pour le lierre et les rosiers grimpants. Il se tasse gentiment, doucement au fil des ans.

 Au fond ce mur… est un portant.

 Juillet 2012 – Textes courtsClarime de Brou

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1 Commentaire

  • Pezennec Denise

    J’aime votre texte ,son humour, sa hauteur de mur, ses niveaux (normal pour un mur) de lecture et sa conclusion qui ne se prend pas au sérieux mais n’en est pas moins futée.
    Ma sympathie “piedsnustesque” à cette inconnue CLARIME DE bROU.

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