Pedro, Condor et Super-Lama

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Jan 8th, 2015
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Voici, une consigne d’écriture appuyée sur le Conte de Noël, dont le scénario collectif fut conçu par l’atelier littérature de Mémoires de Bourgogne et dont Marité fut la rédactrice inspirée.

Pedro, Condor et Super-Lama

– Pedro, Pedro, reviens !

Pedro, ne répond pas. Ses copains de la Butte le cherchent désespérément ; il était pourtant là tout à l’heure !

– Je parie qu’il s’est laissé enfermer à l’intérieur du Sacré-Coeur ! Il aime tellement toutes ces petites lumières qui lui font, dans la pénombre, un éclairage mystérieux et, plantés par des âmes pieuses au pied des statues inertes, ces cierges qui se consument avec des odeurs de cire fondante et de fumée voilant la flamme censée implorer la grâce des saints de pierre.

– Ah ! Youpi ! Le voilà ! Mais avec qui discute-t-il ? Pedro, on t’attend !sacre_coeur_night

– J’peux pas, j’suis avec trois amis !

– Ils sont bizarres tes amis ! Et puis, on n’les connaît pas, nous !

– Moi, j’les connais , ils viennent de très loin, ils m’ont raconté des histoires merveilleuses de leur pays ; ça s’appelle des « touristes » ! Ils ont des beaux habits de toutes les couleurs, regardez ça au lieu de rigoler ! Ils ont des… des … des ponchos ! Des beaux yeux noirs, des cheveux brillants et un visage tout doré.

– Mais, vous êtes qui ? Votre pays c’est où ?

– C’est en Amérique du Sud, nous y repartons demain en avion ; c’est très loin !

– Emmenez-moi, je veux voir votre pays, je veux voyager dans le ciel, traverser les nuages,

voler comme un oiseau.

– Impossible mon garçon ! Que diraient tes parents ? Nous ne sommes pas des « voleurs

d’enfants »

Pedro s’assied sur une marche du grand escalier, les coudes sur les genoux, la tête entre les mains ; il sanglote tandis que les trois touristes inquiets se concertent avec beaucoup de gravité.

– D’où il sort ce gamin ? Je ne veux plus qu’il pleure ; j’ai une proposition à lui faire. Pedro, viens là ! Demain, attends sagement sur la Butte, regarde bien le ciel, tu verras un oiseau géant qui va se poser près de toi ; n’aie pas peur, c’est moi, le plus grand magicien du monde qui te l’envoie !

Au petit matin , Pedro est réveillé par de puissants battements d’ailes au dessus de lui ; le regard perçant d’un oiseau le fixe dans les yeux :condor

– Le magicien m’a demandé de venir te chercher ; cesse de pleurer, mets-toi à plat ventre sur mon dos, serre tes bras autour de mon cou ; attention, on va s’envoler ; ne t’inquiète pas ; je suis le condor, le grand vautour des Andes, le dieu inca, le dieu de l’air ! Cramponne-toi ! On décolle ; dis au revoir à ton pays !

– Oh ! Que c’est beau ! Dessous, je vois des petites maisons, des voitures minuscules qui roulent, s’arrêtent et repartent. Mais… c’est la tour Eiffel, là-bas l’Arc de Triomphe, les tours de Notre-Dame, les bateaux de plaisance sur la Seine, des trains rapides, même le métro ; on dirait des jouets ; tu vois tout ça , Condor ?

– Mais, tais-toi donc, tu me fatigues et tu me perturbes ; tiens bon, Pedro, on monte, on monte,

je peux aller jusqu’à 5000m d’altitude ; ne t’agite pas parce qu’on va bientôt traverser l’Atlantique ! Je quitte en vitesse l’air pollué de ton pays !

– Aïe, aïe, aïe ! On va pas droit, Condor !  ça balance de tous les côtés, on va tomber dans l’océan ! J’sais pas nager !

– Moi non plus, mais ne t’en fais pas, mes grandes plumes sont des gouvernails d’avion ! Serre mon cou, encore ! On approche de l’Amérique, on va faire une escale bientôt ; c’est fini les turbulences ; ça y est, on les rattrape tes touristes, je vais plus vite qu’eux !

– Condor, j’ai froid aux mains !

– Cache les sous ma collerette blanche, tu verras, c’est chaud !

– Condor, j’ai pas d’chaussettes, j’ai froid aux pieds !

– Enfonce-les dans mes plumes ! Et puis, arrête de te plaindre , tu vas bientôt me dire que tu as trop chaud!Moi, je suis fatigué, on pourrait se poser un peu ! Tiens, ici ! Tu vas pouvoir courir et même faire du vélo avec les gamins de l’Altiplano, ça va te calmer et te réchauffer ; laisse donc les « touristes » se poser à Lima ! Ici on va se détendre !

Et voilà : atterrissage sur l’Altiplano au bon milieu d’un troupeau de lamas affolés en voyant le condor ; ils sont surveillés par quelques femmes qui tissent des laines aux couleurs du poncho du magicien ; Pedro fait des caresses aux petits lamas mais se détourne du plus imposant qui crache à la figure des gens quand on l’approche ; Pedro n’a jamais été aussi prudent… ou peureux …

Des garçons jouent avec les plus jeunes lamas ; des gamins sportifs font des courses sur de vieux vélos et Pedro est vite de la partie ; son condor ne voit pas cela d’un bon œil car on s’essouffle vite sur l’Altiplano.

– Dis donc, Pedro, toi tu joues mais moi, j’ai faim ; je vais aller prendre un peu de nourriture plus haut, dans la montagne.

– Qu’est ce que tu manges, Condor ?

– Décidément, il faut tout lui expliquer à ce gamin de Paris : je vais chercher des carcasses pourries d’animaux dans les profondeurs et je partage mon repas avec d’autres condors qui m’attendent.

– Pouah ! C’est dégoûtant !

– Pour toi, peut-être, mais moi, je suis un charognard et j’assure la toilette et l’hygiène de Dame Nature et puis je ne suis pas à l’aise avec cette vieille femme là-bas qui me regarde avec un drôle d’air ; à bientôt, Pedro !

Et le dieu de l’air quitte l’Altiplano. Un court instant, Pedro se croit perdu, mais après avoir partagé un bon repas avec ses nouveaux copains, il est heureux et prêt à poursuivre l’aventure. Au fait, savez-vous ce qu’il a mangé notre Pedro ? Il va vous le dire.enfant des Andes

– Eh bien, moi, j’ai mangé une espèce de bouillie qu’on appelle la soupe chez nous ; eux disent que c’est de la quinoa avec des morceaux de poulet dedans et puis une purée de pommes de terre séchées ; c’est super bon ! Y’avait pas de fromage mais de la banane et des fruits de la passion ; j’ai bu de la chicha ; Juanito m’a dit que c’est fait avec du maïs, de la peau d ‘ananas , de la cannelle et du sucre ; c’est délicieux ! Maintenant il faut que je parte d’ici ! Où est donc mon Condor ?

Inquiet, Pedro se met à pleurer tout en écoutant les conseils de Juanito :

– Tu veux aller te promener ? Tu peux partir sans lui !

– Oh ! Non, j’ai trop peur tout seul !

– Tu veux un lama pour t’accompagner ?

– Bonne idée, mais pas le gros là-bas, il est vieux et il a l’air trop bête et méchant et puis il crache tout le temps.

– Regarde, celui-là ? Il est sympa, il est jeune, rien ne l’arrête ; il est courageux, vif, il connaît déjà tous les chemins de nos montagnes.lama

– D’accord ! Il pourra porter mon sac ?

– Je vais l’équiper.

Alors Juanito lui met un joli collier de fleurs au cou et des rubans, une petite couverture d’alpaga bien chaude sur le dos ; il enfile un poncho et un bonnet péruvien à Pedro, l’embrasse et lui souhaite bonne chance.

– Restez bien couverts tous les deux car sur le chemin des incas il ne fait pas chaud à cette saison.

– Mais comment j’vais le trouver ton chemin des incas ?

– Ne t’inquiète pas, ton lama est formidable ; intelligent comme il l’est, il va te conduire tranquillement au Machu Picchu

– C’est quoi le « machin-pique-sous » ?

– Encore des questioMachu Pichuns ! Tu me fatigues ; le Machu Picchu c’est la cité inca du Pérou !

C’est parti ! Pedro se laisse conduire par son lama-pilote qui l’entraîne et l’encourage face à tous les dangers du chemin ; il ne s’aperçoit même pas que ça monte dur et il chante, chante, sifflote tandis que son compagnon cabriole gaiement auprès de lui ; personne ne sent la fatigue 

– Tu vois, Pedro, je suis un lama unique, extraordinaire, le super-lama, le meilleur guide des touristes paumés ; j’ai un pouvoir incroyable : je ne me perds jamais ; oh ! Regarde, on y est au

Machu Picchu !

– Moi je te dis qu’on va se perdre là-dedans ! C’est pire que sur ma Butte !

        • Mais non, suis-moi, avance un peu plus vite ; allez encore plus haut !

        • Pedro,Pedro, regarde dans le ciel !

        • Où dans le ciel ? C’est grand le ciel !

        • Juste au-dessus de nous !

        • Mais c’est lui, c’est mon Condor , il va nous emmener !

– Non, non, pas question, tu dois marcher encore et encore ; le dieu de l’air te conduit, c’est

tout ! Il faut le suivre ; on dirait qu’il se pose là-haut …Oui, c’est sûr ! Il nous montre un monument qui a été baptisé « temple du condor » ; nous y arrivons presque ; nous y voilà !

Ah ! Quelles retrouvailles ! Un condor infatigable, un lama en pleine forme et un gamin de Paris qui meurt d’envie de continuer l’aventure. Alors, en véritable chef, le condor ordonne :

– Toi, Pedro, remets-toi sur mon dos ! Toi, Super-Lama, je te prends avec mes serres par la peau du dos et ne me crache pas au bec !Lac Titicaca 2

Un puissant coup d’ailes et le voyage dans les airs reprend à une vitesse impressionnante jusqu’aux îles flottantes du Titicaca ; aujourd’hui ce sera l’île Amantani ; Pedro s’exclame :

– Bravo, condor ! On repasse l’Atlantique !

– Nigaud, c’est notre grand lac, très haut ; regarde loin, loin, il rattrape le ciel !

Et plouc ! L’équipage se pose sur l’île qui bouge ; Pedro n’en mène pas large ; Condor libère le lama qui se pique sur ses quatre pattes et court comme un fou sur l’île ; Pedro ne quitte pas les plumes tant il a peur ; une secousse du condor le fait dégringoler sur le lit de roseaux et enfin le trio se lance à la découverte de l’île : des hommes coupent des totoras et fabriquent de longues barques élégantes, les femmes chauffent la nourriture sur leur petit feu, hors des maisons aux toits et aux murs de roseaux, des enfants apprennent à tresser les roseaux et au loin on voit le mirador où se tient une vieille femme chargée de surveiller les environs et de signaler les embarcations douteuses ; c’est alors que Pedro devenu intrépide, emprunte une barque et décide de se lancer sur le lac avec ses amis ; mais naviguer sur le Titicaca n’est pas de tout repos surtout avec un condor et un lama à bord ; ça chavire et de plus en plus fort, on entend la voix de la vieille qui crie :

– Tu n’iras pas loin,Pedro ! Tu n’iras pas loin ! Et tu ne trouveras pas d’or au fond du lac ; il n’y en a plus ! Tu vas périr, Pedro, toi et ton équipage ! Je suis plus puissante que ton condor et ton lama réunis !

Et la méchante femme agite l’eau du lac et la trouble ; des vagues énormes frappent fort sur la fragile embarcation.

J’ordonne que cette eau devienne glace !

Le froid et la peur paralysent les trois héros qui se sentent perdus ; transi, Pedro se fait suppliant.

– Nous allons mourir, dieu de l’air, sauve-nous !

La sorcière se fait de plus en plus menaçante.lac Titicaca

– Tu périras Pedro, tu périras ! Va-t-en sur ta minable Butte !

La glace craque autour de la barque ; impossible d’avancer, impossible de retourner sur l’île ; Pedro essaie quelques pas sur la glace qui brûle ses pieds nus, il s’étale de tout son long ; le condor le tire par les cheveux et le remet en place dans la barque ; Super-lama se risque à son tour mais se retourne les quatre pattes en l’air ; d’un coup de bec énergique , condor le ramène au sec

– Vous êtes des mauviettes ! Allez, pas d’histoire ! Reprenez vos places, je vous ramène chez

vous !

Et le grand condor déploie majestueusement ses ailes, frôle le mirador, pique son bec dur

dans la tignasse de la vieille sorcière qui hurle de douleur, il s’élève en vainqueur dans le ciel tout bleu en se dirigeant vers le pays de Super-Lama ; halte obligatoire sur l’Altiplano où Super-Lama retrouve ses frères et ses maîtres ; c’est l’occasion de faire la fête, on chante, on danse, on boit, on partage un bon repas. Mais Condor n’oublie pas sa mission :

– Toi, Pedro, je t’emmène à Lima !

– Non, non et non, je reste avec toi !

– Pas question, puisque tu veux naviguer, je te dépose à Callao, le grand port tout près de Lima et là , tu te débrouilleras pour t’embarquer avec les asperges, les poissons, les fruits destinés à la France ; peut-être aussi le café , le cacao ; tu trouveras bien à te nourrir pendant ta longue traversée ; ça va te calmer un peu ! Et comme tu es dégourdi, tu feras du stop ou tu prendras le train pour Paris ; après, tu retrouveras bien ta Butte et tes fameux copains !

– Adieu Condor ! Tu diras au magicien de revenir en France avec toi.

Le condor disparaît ; il est déjà très haut et n’est plus qu’un tout petit rien dans l’espace ; Pedro pousse un grand soupir, essuie une larme,enlève poncho et bonnet, met sa casquette de travers et s ‘exclame :

– Salut les copains, j’ai fait un voyage merveilleux !

fin 2014/début 2015 – Textes collectif et Marité G. Mémoires de Bourgogne

1 Commentaire

  • Pezennec Denise

    Nul(le) autre que toi parmi nous n’aurait su écrire ce conte merveilleux avec une telle foison de détails réalistes et intéressants. Le contrat est superbement rempli surtout que ton imagination a su suppléer à la relative pauvreté de la nôtre.je t’imagine bien, autrefois, faire créer cette histoire par tes jeunes élèves après leur avoir parlé de ce pays que tu as la chance de connaître. Bravo Marité et que les PIEDS NUS de la 1ère à la 5ème année en prennent de la graine. Bisous.

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